Carnets 102

Goethe à Venise (6 octobre 1786) – découvrant le « fameux chant des gondoliers ». Les deux hommes – un à l’avant et un autre à l’arrière de la gondole – chantent le Tasse et l’Arioste, perpétuant une pratique ancestrale.

« Avec une voix perçante ( le peuple estime la force avant tout), assis sur le bord d’une île, d’un canal, dans une barque, il fait retentir sa chanson aussi loin qu’il peut. Elle s’étend sur le miroir tranquille. Un autre l’entend dans le lointain : il sait la mélodie, il comprend les paroles, et il répond par le vers suivant ; le premier réplique, et l’un est toujours l’écho de l’autre. Le chant se prolonge des nuits entières et les amuse sans les fatiguer. Plus donc ils sont éloignés l’un de l’autre, plus la musique peut produire un effet ravissant. »

Goethe, descendu sur la rive, va et vient entre les deux gondoliers qui se sont séparés sur le canal en continuant à chanter. « Ainsi me fut révélé le sens de cette mélodie. »

Un vieil homme lui parle de ces femmes du Lido dont les maris sont partis à la pêche – elles s’assoient sur le rivage et entonnent les chants jusqu’à ce qu’elles entendent les voix de leurs maris au loin, sur la mer.

« C’est le chant d’une personne solitaire, écartée, qui chante pour qu’une autre, animée des mêmes sentiments, l’entende et lui réponde. » (Voyage en Italie, traduction de Jacques Porchat).

Publié par Laurent Margantin

Auteur, traducteur

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :