Carnets 164

Luis Sepúlveda, Le Vieux qui lisait des romans d’amour : « Pluies et soleil, les saisons se succédaient. Avec leur passage, il apprit les rites et les secrets de ce peuple. Il participait à l’hommage rendu quotidiennement aux têtes réduites des ennemis morts en guerriers valeureux, et entonnait avec ses hôtes les anents, chants de remerciements pour le courage ainsi transmis, et prière pour une paix durable.

Il partagea le festin fastueux offert par les anciens qui avaient décidé que l’heure était venue de « partir » et, une fois ceux-ci endormis sous l’effet de la chicha et de la natema dans la félicité des visions hallucinatoires qui leur ouvraient les portes d’une existence future déjà déterminée, il aida à les porter dans une cabane éloignée et à enduire leur corps de miel de palme très doux.

Le lendemain, tout en chantant les anents destinés à les accompagner dans leur nouvelle vie de poissons, de papillons ou d’animaux sages, il ramassa avec les autres les ossements blanchis, parfaitement nettoyés, restes désormais inutiles des anciens transportés dans l’autre vie par les mandibules implacables des fourmis. »

Publié par Laurent Margantin

Auteur, traducteur

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