Carnets 169

En haut de la colonne de pierre : la tête ravagée par la pluie et le soleil – gueule de poisson, gueule de monstre marin, un trou au milieu du nez, pas de narines mais juste ce trou où était jadis planté un clou (sûr de l’avoir vu ce clou – pourquoi l’a-t-on retiré ?) – des traces noires sur le visage et le torse, la bouche incurvée, des orbites vides de poisson mort, l’aveugle fixant quoi ? – ce n’est pas une statue de poète parti pour le pays des maîtres, ce n’est pas une statue d’académicien français, mais du poète que serait devenu Leconte de Lisle s’il était resté ici, sur l’île.

En bas : le square aux herbes folles, aux floraisons sauvages – derrière : l’arbre immense aux branches étendues poussant presque à l’horizontale, dévorant l’espace – feuilles ovales et pendantes vert foncé, et sur un seul rameau des feuilles totalement différentes, semblables à celles du flamboyant : fines et longilignes, vert tendre – pas d’autre arbre qui aurait poussé juste à côté (en produisant cette seule branche ?), aucun autre tronc – mystère, mystère de l’arbre ombrageant et protégeant un peu des intempéries le poète à gueule de monstre.

(Le pirate qu’on a capturé un jour et pendu sur la grève n’a pas de statue.)

Publié par Laurent Margantin

Auteur, traducteur

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