Carnets 218

Encore un arbre que je découvre, sans doute un bois noir des bas d’après les paires de folioles ovales sur les branches – « je découvre », c’est-à-dire que quelque chose m’arrête, provoque en moi l’étonnement : les nombreuses gousses vertes tirant au jaune qui sont comme des espèces de décorations qu’on aurait ajoutées, extérieures à l’arbre par leur caractère excentrique – des formes qui éveillent le regard – je saisis une de ces gousses sur une branche inférieure et vois aussitôt des petites piqûres noires là où étaient logés les pois, sans doute des pucerons qui sont venus s’en nourrir, la gousse encore renflée est creuse – mais surtout, ce qui fait la beauté de ces fruits, c’est, outre leurs formes étranges et presque surnaturelles, leur couleur ou plutôt leurs couleurs, ce jaune-vert ou vert-jaune qui surprend, qui nourrit et ravive encore l’étonnement initial – impossible de se détacher désormais de cette « chose », de cet « objet » à part, extrait de son environnement naturel mais qui est devenu quasiment un symbole de ce que la moindre feuille, le moindre fruit, la moindre pierre peut produire sur la conscience humaine, l’amenant à un état particulier, disons « poétique » (ouverture aux couleurs et aux formes).

Publié par Laurent Margantin

Auteur, traducteur

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