Carnets 232

Retour à Salazie. Au bord de la route, un homme chemine sur le muret entre les voitures et le ravin. Des massifs de fleurs mauves qui n’étaient pas là il y a un mois – faux patchouli. Les volets toujours fermés du bâtiment en bois à l’abandon, leur peinture verte décrépie, le large fossé qui sépare la façade de la rue. Des touristes masqués pour la plupart errant dans la rue principale d’Hell-Bourg – leur vie de fantôme en plein jour. Le kiosque toujours désert dans le jardin surplombant un croisement. Les fougères arborescentes alignées un peu au-dessus. Le Piton des neiges en face, sommet dégagé sur la route, désormais recouvert par les nuages, et qui ne réapparaîtra plus de la journée. Un attroupement : des gens du coin – devant la seule épicerie du village – parlent fort et rigolent. Dans la rue qui descend vers le cimetière : une construction en béton orange et rose, l’église. Sur le crucifix à côté : un Christ peint en couleur argent, l’épaisse végétation sur le flanc de la montagne derrière, des nuages blancs tournant au gris au-dessus. Les fleurs mauves du faux patchouli : minuscules et odoriférantes (comme leur nom l’indique). Une bambouseraie derrière laquelle on entend des voix d’enfant jouant dans un jardin. Des maisons créoles, certaines encore en bois, aux couleurs vives (repeintes récemment). Dans un jardin : un arbuste aux branches sans feuilles, juste quelques fruits bruns pendant, de forme un peu ovale (peut-être un avocatier). Dans une allée : une deux-chevaux noire et bordeaux. Un peu plus loin, prochaine maison, un ronflement, suffisamment fort pour qu’on l’entende depuis la rue : un petit chien type bouledogue corps tout rond noir et blanc couché au pied d’une véranda – ne bouge pas et continue à ronfler malgré le passage. Le cimetière (déjà visité il y a longtemps) : une large étendue en plein milieu du cirque, entièrement exposée au soleil, des croix noires et blanches, des fleurs partout, plus bas quelques bambous géants dressés – une quinzaine de mètres de haut au moins. La plupart des tombes : des bassins en pierre remplis de terre où l’on fait pousser des plantes – petits jardins fleuris toute l’année. La lumière intense de midi éclaire chacune des tombes, illumine certaines photos – la mort est (pendant quelques instants) ce paysage magnifique au milieu des montagnes (le Piton d’Anchaing, la Roche écrite totalement dégagés). Revenu dans la rue : une dame sort lentement de sa maison et me passe à travers le corps sans me voir.

Publié par Laurent Margantin

Auteur, traducteur

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