Carnets 245

Elle dit : « Dans toutes les épidémies de l’Histoire, ce sont les faibles qui meurent. Il faut juste espérer ne pas faire partie des faibles ». Après l’avoir écoutée, je n’ai rien répondu. Je me suis dit un peu plus tard : nature criminelle de la bêtise. Si la bêtise n’était que bête, ce ne serait pas si grave. Mais la bêtise est essentiellement criminelle, prête à laisser mourir et même à tuer. N’est-ce pas des gens habités par la bêtise qui regardent mourir les autres à la télé sans émotion particulière, juste un peu de dégoût ? Une fois qu’on a dit : « Dans toutes les épidémies de l’Histoire, ce sont les faibles qui meurent », il est facile de rester assis tranquillement dans son canapé à regarder les vieux mourir dans les Ehpad, ou bien chez eux, sans assistance médicale, sans aucun accès aux hôpitaux puisque, de toute façon, « on ne peut plus rien faire pour eux, ils sont trop faibles ». Oui, nature criminelle de la bêtise, de toute bêtise, même la plus innocente, surtout la plus innocente – comme celle qui consiste à lâcher ces phrases terribles entre deux portes. Cruauté de la bêtise. Être bête, avoir des idées bêtes, c’est déjà se préparer à accepter la cruauté du monde (qu’on appelle habituellement « la réalité »), c’est déjà être aux côtés, au milieu des criminels.

Publié par Laurent Margantin

Auteur, traducteur

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