Carnets 298

Sous un manguier, parking du Jardin de l’Etat : un homme manipule une perche, coupe des branches, feuilles qui tombent, cueille sans doute des fruits (mangues vertes), mais je ne vois que des feuilles qui tombent, une nuée de feuilles qui tombent, même pas la tête de l’homme, à peine la partie inférieure du corps – à côté de lui une femme déjà âgée maillot de corps moulant rose fluo boitille appuyée sur une béquille, sac plastique à la main – sans que la vision de feuilles agitées et de branches brisées ne disparaisse.

Le fils 20 ans a perdu pied et est désormais bien malade – se perd dans des phrases qu’il ne comprend pas lui-même, s’arrête de parler, confus, gêné – douceur du père à côté de lui, ce simple mot qu’il prononce en souriant : « fiston » (ce mot démodé exprimant tout son amour – quoiqu’il advienne du fils).

La guerre allait éclater et nous devions cheminer pendant trois mois à travers les collines du pays. Il nous fallait d’abord sortir de la grande ville (c’était Prague) et emprunter un pont. De l’autre côté du pont, un policier tourna sa tête jaune et ronde casque bombé l’air fâché, c’était celle d’un personnage de bande dessinée lue quand j’étais enfant (le rêve, table de mixage).

Publié par Laurent Margantin

Auteur, traducteur

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