Carnets 356

La plupart du temps, c’est un bruit de fond. Pas d’espace. On va de lieu en lieu. On traverse. On traverse quoi, on ne sait pas. Des décors. Des décors montés les uns après les autres, que l’oeil survole, et rien à voir vraiment. C’est une impression étrange, de passer de décor en décor : décor de café à décor de boutique, décor de parking à décor de salle de réunion, etc. Devant toi on en démonte un, celui de la cafétéria du supermarché, pour en installer un autre, plus lumineux, plus moderne – mêmes produits, autre marque. Pas d’espace, des séries de décors, et le bruit de fond. Nulle part où on reste plus de dix minutes, les décors sont consommés et jetables, d’où l’absence d’espace, qui demande pour exister qu’on s’arrête, qu’on regarde longtemps, qu’on respire plus lentement.

L’espace n’existe pas avant toi, l’espace ne te préexiste pas. Dans la succession de lieux qui compose tes journées sans aucune vue d’ensemble, il ne peut apparaître et se déployer. Pour le faire apparaître et que se produise un espacement, il te faudrait un oeil calme, et tu n’es qu’une espèce de nomade sans aucune envergure, juste traversé par le bruit de fond, errant d’un décor à l’autre. L’espace n’existe pas. Pour qu’il existe, il faudrait que tu t’arrêtes et que tu arrêtes le manège des décors et des humeurs qui vont avec, que tu ne sois plus de ce monde-là, si le vocable « monde » a encore un sens ici.

Publié par Laurent Margantin

Auteur, traducteur

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